Megatuth

 

Si dans ce ciel, rien ne changera jamais. Si dans le cœur, la raison ne se fera jamais sentir. Si de happy end on n'en retrouve nulle part ailleurs. Si tout ici nous crie : Abandonne. Si l'acharnement n'est que l'épanouissement de la souffrance. Si pourtant nous ne sommes que êtres sans importance. Et que nos peines toujours sont immenses.

Un brin de pluie, un parmi des milliers, lui fit retrouver une once de lucidité. Dylan qui était perdu dans ses propres méandres. Sans le plus petit des espoirs de retrouver le bonheur, l'évidence était là, et lui est simplement tombé dessus. Là, dans la rue, au milieu de la danse des parapluies sous un rideau éternellement gris. Le soleil, depuis le début, l'attendait à l'autre bout de son cœur trop immense. Il n'avait qu'à remuer un peu le ciel pour le retrouver et illuminer le monde de son sourire.

Mathilde était sûrement la plus belle des filles. C'est certain, elle était courtisée de tous, mais éperdument amoureuse de son meilleur ami, depuis la petite enfance. Elle aurait fait la petite amie idéale pour illuminer le monde de Dylan. Pourtant, il avait fallu que tout soit différent, sans que rien ne soit prévu à l'avance. Une mélodie cent fois entendue, mille fois imaginée, mais qui jamais ne sera jouée sur un véritable clavier. À peine fredonnée par six millions de blondinets.

Quoiqu'on en pense, il s'en était passé autrement, et c'était une évidence. On est toujours l'unique, l'élu, c'était certain. Parmi les milliers de parapluies, il fallut que ce soit lui.

Pourquoi le monde avait tourné ainsi ? Une fausse note avait été jouée. Un mot avait été oublié dans une des six millions de petites chansons murmurées. Un mot qui rimait avec "Pourquoi". Un mot qui rimait avec "Moi". Une note trop bleue dans le rideau gris.

Sans un mot, Dylan se stoppa au milieu de la rue. Quel jour était-ce ? Il n'en avait aucune idée. L'adolescent avait la sensation de se réveiller d'un long sommeil. Pourtant, tout ça n'avait pas été un rêve, c'était la réalité. Peut-être. C'était un autre monde qui s'était profilé ainsi, pendant cette durée impossible à définir. Dylan regardait autour de lui, abasourdi. Chaque homme, chaque femme autour de lui, marchaient lentement, brassant l'eau à leurs pieds, un parapluie à la main, en regardant le sol d'un air absent. Tous, dans la même direction. L'eau du ciel était devenue fleuve à leurs pieds, et tous marchaient sans remarquer leurs chevilles immergées. Le blondinet ne comprenait pas vraiment ce qu’il se passait. Cette rue dans laquelle il marchait quelques secondes plus tôt paraissait complètement abstraite, pourtant ça ne le choquait pas. Comme s'il était né dedans. Il n'arrivait plus tellement à réfléchir, tournant simplement sur lui-même, constatant les dégâts tout autour de lui.

Rien, avant, ne laissait présager un tel désastre. Par réflexe, il fouilla dans ses poches, trouvant son lecteur MP3. Sans se soucier de savoir si ses écouteurs étaient branchés, Dylan appuya précipitamment sur le bouton play. La musique résonna tout autour de lui, couvrant les sons de la pluie, comme sortant de hauts parleurs dans toute la ville.

I walk alone, i walk alone.


L'adolescent tressaillit, foudroyé.

« Boulevard of Broken Dreams »

Sans trop savoir pourquoi, il commença à marcher droit devant lui, dans le sens inverse des passants. Dylan laissa tomber à terre le parapluie noir qu'il tenait depuis tout ce temps. Il comprenait désormais. Tous ses souvenirs lui revenaient, un à un. Il savait où aller.

Devant lui, l'eau au sol se séparait en une tranchée. Tel Moïse coupant la mer rouge, Dylan avançait sans se préoccuper des obstacles. La rue semblait s'élargir peu à peu. Une mélodie, toujours, résonnait dans les airs. Une playlist lui donnant courage. Comme vingt voix criant à ses oreilles.

 

Courage pour revenir. Courage pour repartir. Courage pour se souvenir.

 

Tout avait commencé simplement. Un regard d'un bleu cristallin l'avait réveillé d'un sommeil éternel nommé quotidien. Un élément déclencheur déchaînant les éléments tout autour de deux adolescents, un soir où la promesse d'une nuit étoilée les avait réunis. La pluie voilant leur visage, elle ne cessera qu'après les aveux échangés, c'était évident, depuis trop longtemps. Un rideau infini cachant les devants de la scène. Il n'y avait pas grand-chose à promettre de cette pièce, rien n'avait été répété, et on se perdait dans le résumé.

Une paire de lacs de lumières. L'unique voie pour s'orienter dans un monde de ténèbres, peu à peu s'assombrit, pour finalement se casser un matin, et céder à la noirceur. Pour Dylan, il ne restait qu'un voile noir pour se protéger de la pluie. Une bien maigre protection. Les ténèbres d'un monde tout entier s'abattirent sur Dylan. Pour les affronter, il était seul.

Du moins c'était ce qu'il croyait. Mathilde était restée avec lui, fidèle, tant qu'elle pouvait. Mais très vite, la noirceur, les mensonges, les rêves, la folie, elle ne pouvait plus lutter contre, et céda elle aussi. Tous, un à un, avaient fini par céder, dans ce nouveau monde ainsi créer. Le monde de pluies infinies que rien n'arrêtera. C'était la fin d'une ère, une époque révolue. Un rêve dont Dylan venait de se réveiller.

Peut-être.

L'adolescent marchait toujours, sous la pluie qui, elle aussi, faiblissait peu à peu. Sa tête bourdonnait. Il ne comprenait plus. Les souvenirs se chevauchaient, les idées s’entremêlaient. Il était troublé dans son propre être, sa raison d'être. Il se sentait seul, effroyablement seul, pour affronter ses démons. Il aurait pu craquer, comme tous les autres, et retourner marcher sous la pluie. Pourtant la musique autour de lui le mettait en transe, l'obligeant à marcher. Un peu plus vite, un peu plus fort à chaque pas. Le garçon avait une raison d'avancer. Il devait le faire, retrouver la lumière dans le monde de ténèbres. Repasser dans un monde meilleur, partir pour devenir. Comme originaire du mauvais pays.

Les rivières à ses pieds s'asséchaient enfin. La musique tout autour de lui se fit moins forte, crachant ses dernières paroles


Get Lucky


Dylan était seul dans la rue, tout le monde avait disparu. Pas un parapluie à l'horizon. Tout suffocant et blême, Dylan arrivait à la fin de son voyage. Devant lui, un homme vide faisait face. En croisant son regard vide, la pluie cessa sa danse, et un rayon de soleil s'installa entre les deux enfants.


Plus de parapluie, plus de musique, plus d'eau, plus de pluie, plus de ténèbres, plus de lumières. C'était au blondinet de remuer le ciel à la recherche de son courage. Il ne ressent maintenant qu'un étrange sentiment de rien du tout.

Versa, marionnette insensible, restait stoïque. Il était là, la capuche sur la tête, les mains dans les poches, la tête droite, les yeux noirs. Un cadavre. Mais Dylan n'avait plus peur.

Quelques mètres à peine les séparaient. C'est lui qui les franchit.

« Versa. »


Pas de réponse.


« Réponds-moi. »

« Pourquoi moi, Versa ? »

« Explique-moi, je ne comprends pas »

« Je t'en prie »

« On est amis »

« Réponds-moi, s’il-te plaît»

« Je veux que tu redevienne toi, Versa. »

Le garçon n'était plus qu'une coquille vide. Une coquille de souffrance. Un enfant de ce monde. Dylan l'assaillait de questions. Les larmes commençaient à se dessiner sur ses joues. Il continua, sans interruption, jusqu'à la nuit. Enfin, il remarqua où il se trouvait. La colline aux étoiles.


Ce monde avait commencé par une étrange phrase prononcée par un garçon amoureux aux cheveux noirs. Ce même garçon qui répondit à la nuit tombée :

« Just give me a reason. »

Et c’est sans aucune hésitation qu'un blondinet éperdument amoureux répondit :

« We can learn to love again. »

Deux étoiles s'illuminèrent dans les lacs de lumières des yeux cristallins du garçon aux cheveux de jais. Un prénom qui rimait avec « Pourquoi », qui rimait avec « Moi ».

« Pourquoi moi, Versa ?

-Parce que je t'aime. »

Ce monde prit fin quand enfin, les deux garçons s'étreignirent dans un dernier soupir. Ils étaient de retour.

 

 

[Cette série est inspirée de personnages réels. Malgré cela, l'histoire de la série Futariboshi est purement fictive. Remerciement à:
Mathilde : @Pikachoum_
Versa : @BlueExorcistOne

Correcteurs: @Mr_Lawx ]